universités ouvertes, parfois appelées universités à distance ou universités en ligne, sont des institutions d'enseignement supérieur qui offrent des cours et des programmes d'études accessibles à distance, souvent via Internet. Voici quelques
Fondées initialement sur l’essor des technologies en permettant un enseignement de l’offre de formation à distance dans les années 70, les universités dites ouvertes perçues au départ pour être innovantes se voient concurrencées tout d’abord par le développement de l’informatique et des technologies en formation dans les années 80 puis par l’internationalisation de l’enseignement supérieur avec notamment en Europe, le processus de Bologne en 1998 annonciateur de nouvelles orientations stratégiques voulues par les organisations internationales (OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), UNESCO, Conseil de l’Europe).

Parallèlement à l’internationalisation de l’enseignement, une autre concurrence a vu le jour engendrée cette fois-ci par la numérisation des ressources éducatives libres (REL) ou OER (Open Educational Resources) ainsi que la massification de l’enseignement universitaire notamment avec l’arrivée des CLOM (Cours en Ligne Ouverts Massifs) plus connus sous leur acronyme anglophone de MOOC ( Massive Open Online Course). On soulignera au passage les 160 000 étudiants inscrits au MOOC Intelligence Artificielle offert par l’Université de Stanford en 2011 et qui constitue l’une des étapes importantes quant à l’accès aux OER (T. Karsenti). Avec cette nouvelle reconfiguration de l’enseignement dite à distance, les universités ouvertes se voient donc contraintes de se démarquer et de justifier de leur plus-value.

Cependant, l’ère de la globalisation numérique et son lot d’innovations pédagogiques que connait le monde de l’enseignement supérieur depuis les années 2000, requestionne le fondement même de ces universités car ces innovations abolissent la mise à distance de l’offre de cours de ces universités. Dans quelle mesure les universités ouvertes, confrontées à la globalisation numérique, se redéfinissent-elles? Telle est la problématique centrale autour de laquelle s’articule ce travail de recherche basé sur trois hypothèses :

Le développement des nouvelles technologies au sein des universités ouvertes :
Hypothèse 1 : a conduit à une intensification des processus d’industrialisation.
Hypothèse 2 : ne conduit pas aux mêmes bouleversements en fonction des contextes.
Hypothèse 3 : s’accompagne d’un changement de paradigme.

Cadre conceptuel
Le cadre posé de cette recherche est celui de l'industrialisation de la formation avec, en appui, les apports du Séminaire Industrialisation de la Formation et les mutations des organisations éducatives. Ainsi, l'auteure affirme éviter d'avancer dans cette recherche seulement sous le seul prisme de la technologie.

« penser la notion d’industrialisation éducative en vue d’en faire une catégorie de pensée. Autrement dit, examiner à quelles conditions et dans quelle mesure l’on peut conférer une valeur heuristique à cette notion, éventuellement l’ériger en un concept opératoire pour appréhender les évolutions et métamorphoses du système éducatif » (Moeglin)
ou encore:
« la référence à l’industrialisation est un révélateur et un analyseur efficace des mutations du système éducatif depuis un siècle » (Moeglin).
Trois marqueurs sont ainsi retenus afin de répondre à la problématique fixée dans le champ précis de la formation à distance :

technologisation: "Présence et utilisation de dispositifs techniques, les usages prescrits et les pratiques "

rationnalisation : "Concentration des moyens financiers, humains et techniques dans une perspective supposément acceptée de réduction des ressources "

idéologisation: "Discours institutionnel de légitimation des acteurs politiques visant l’adhésion aux mesures " Méthodologie
Ce travail de recherche s’appuie sur une approche de type inductif et s’intéresse à un panel de huit universités : l’Université Ouverte de Tanzanie, de Zambie , de Catalogne, des Pays-Bas, de Shanghai, du Pakistan, d’Indonésie et de Grande-Bretagne. La méthodologie retenue s’appuie sur une démarche qualitative à partir de l’analyse d’un ensemble d'entretiens recueillis auprès de 10 acteurs de ces universités cibles participant à une visite internationale à l’Université de Shangai pour la première série et d’une seconde série de 4 entretiens à l’Université Ouverte de Grande-Bretagne soit 14 entretiens individuels d'une durée totale de 15 heures 43 (1 heure en moyenne par entretien).
Cette approche permet selon l'auteure "de déceler les éléments de convergence et de divergence au sein de discours très riches". La démarche se veut également éthique puisque les propos analysés sous-entendent la confiance qui leur est donnée. De plus, en vue de mieux « complexifier » les représentations des acteurs interrogés initialement, d’autres corpus ont du être utilisés comme matériau et qui se composent d’un ensemble d’allocutions d’institutionnels retenus sur une période parallèle à la recherche, c’est-à-dire 2015-2017 ainsi qu’un spot promotionnel de l’Université de Shangai.
Terrain de la recherche Le choix de professionnels issus de ces huit universités s’explique par le manque de recherches francophones dans ces pays cibles en ce qui concerne les mutations induites par le numérique dans le champ de la formation à distance, encore plus pour ce qui relève de recherches comparatives, souligne l’auteure, qui se concentrent quant à elles dans des pays tels que le Canada, la Grande-Bretagne ou encore des pays scandinaves.

De plus, ces pays constituent selon l’auteure, de vrais opportunités pour mieux saisir ce qui se joue au niveau de la transition numérique dans les universités ouvertes selon des contextes divers, sous des angles à la fois locaux et globaux en intégrant également le volet politique.

Mieux comprendre l'Université Ouverte Des missions communes mais aussi des contours flous Pour mieux comprendre la problématique centrale de cette recherche doctorale, intéressons-nous tout d’abord au concept d’Université Ouverte. Ce type de dispositif relève du système anglo-saxon et permet une dispense de cours à distance. Deux critères communs sont partagés par ces universités ouvertes :

ces universités s’adressent à un public d’adultes professionnels, sans condition préalable d’admission et dispensent des enseignements à distance (Daniel Smith).

ces universités fonctionnent selon une organisation distincte de celle de l’université traditionnelle et se distingue par un « haut degré d’autonomie institutionnelle » (W. Perry) en raison du modèle pédagogique qui lui est propre et la mise à distance de l’enseignement qui engendre quant à elle plusieurs niveaux de rupture impactant les autres aspects organisationnels de l’université. Cependant, en dépit de missions communes telles que de faciliter l’accès à l’éducation supérieure, les universités ouvertes se caractérisent par des contours flous d’un coin à l’autre de la planète, tient à rappeler l’auteure comme le montrent les exemples pris dans les huit universités ayant servi de terrain de recherche. Par exemple, l'université ouverte en Asie appartient au cercle des «;méga-universités».

« Ces universités, dont les inscriptions dépassent 100 000 étudiants par an, ont en effet été créées par des gouvernements avec l’objectif explicite d’accroître l’accessibilité aux études universitaires à un coût peu élevé et de faciliter l’atteinte d’objectifs nationaux » (Guillemet, 2007). Par ailleurs, si l’Université Ouverte de Grande Bretagne qui a vu le jour sous l’impulsion du parti travailliste en 1969 était plutôt basée au départ sur la production de supports expédiés dans les foyers, le modèle chinois de l’Université de Shangai s’appuyait quant à lui sur un mode de transmission basé sur la télévision et la radio, diffusée dans les salles de classe dites « classes de télévision » afin de pallier au manque d’effectifs des enseignants qualifiés et de faciliter la massification de l’enseignement supérieur. En complément de ces supports audio-visuels, les supports imprimés arrivaient en deuxième place.

Les modèles « africains » (pour rester dans la même logique de l’auteure lorsque l’Afrique ou un autre continent est évoqué en sous-entendant les pays étudiés dans cette recherche) disposent de leur système et sont à placer dans leur contexte historique et économique particulière d’une Afrique post-coloniale, avec un taux d’étudiants en enseignement supérieur faible. Faciliter l’accès à l’éducation supérieure est l’une des orientations majeures de ces pays en terme de développement. L’Afrique du Sud est le pays leader en matière d’enseignement à distance en Afrique. Cela étant, la Tanzanie a su faire de son projet d’éducation à distance le projet le plus abouti de l'Afrique subsaharienne en ouvrant sa première université ouverte en 1992 (publique) afin de compenser le déficit des étudiants dans le supérieur dans l’université traditionnelle et en élargissant sa population estudiantine à l’international notamment en ouvrant 30 centres régionaux.

L’Université Ouverte de Zambie (privée) voit le jour en décembre 2004 avec pour objectif de combler le déficit de personnels enseignants ne disposant pas de qualification universitaire spécifique et de proposer des solutions flexibles en phase avec le public de professionnels adultes à former.