Alors que le secteur du numérique est en forte croissance avec 40 000 créations d’emplois par an (selon la fédération Numeum), les femmes représentent moins de 27.9% des employés dans l’IT et seules 10% sont à la tête de start-ups
Les métiers de la tech sont encore majoritairement exercés par des hommes. Comment l’expliquer ?
La sous représentation des femmes dans les métiers du numérique est un fait

Si aujourd’hui les métiers de la tech sont majoritairement exercés par des hommes, il ne faut pas oublier que cela n’a pas toujours été le cas, et que ce n’est pas non plus le cas partout dans le monde. À une époque, les femmes représentaient la moitié des effectifs dans les écoles de sciences de l’informatique et dans les entreprises du secteur.

Dans les années 60, les ordinateurs se sont répandus, les métiers du numérique sont devenus plus prestigieux et mieux rémunérés. Ils ont alors largement attiré plus d’hommes. En parallèle s’est développée l’image du geek qui s’est rapidement stéréotypée masculin et s’est renforcé avec les années. Dans les années 80, avec l’arrivée du micro-ordinateur, les publicités ont ciblé principalement les garçons et les hommes, dans les films et séries l’informatique était majoritairement un truc de mec ou de “geekette” certes sympathique, mais très caricaturale. Tout cela jusqu’à créer le changement de représentation que nous connaissons aujourd’hui, où pour beaucoup de femmes, la tech “n’est pas pour elles ».

Les stéréotypes se sont donc peu à peu enracinés, et ont conduit à la chute de la part des femmes exerçant dans le secteur. Ils sont maintenant très ancrés, tant du côté des femmes que du côté des professionnel·le·s qui jalonnent leur parcours. Des études indiquent que les stéréotypes de genre sont diffusés très tôt et très largement au sein de la société, il y a donc un travail de fond à mener pour s’en défaire.

Comment évolue la féminisation des métiers tech depuis ces dernières années ? Est-ce que les chiffres vont dans le bon sens ?
La féminisation des métiers du numérique évolue dans le bon sens mais elle évolue lentement : la présence des femmes dans ces métiers progresse de seulement 1 % par an. À ce rythme, la parité ne sera atteinte qu’en 2070. Pendant ce temps, la transition numérique se poursuit. C’est pour cette raison qu’il est impératif d’agir rapidement ! Car la tendance peut s’inverser…

L’écart est tel que pour créer un vrai effet de rattrapage vers plus de mixité il faudrait des actions massives.

Nous agissons beaucoup auprès des femmes pour leur donner envie et les clés pour construire un projet de reconversion solide dans la tech mais ça ne suffit pas. Nous avons de plus en plus d’actions auprès des entreprises qui s’engagent à nos côtés, car l’un ne va pas sans l’autre. Il faut que les nouvelles entrantes puissent trouver un emploi et un environnement de travail qui leur permettent de transformer durablement leur trajectoire professionnelle.

Un grand bravo à toutes les entreprises déjà engagées Quels sont les principaux enjeux derrière cette féminisation? La féminisation est effectivement un enjeu fondamental à bien des égards. On peut le résumer en 3 axes d’impact positif : social, sociétal et économique.

Au niveau social d’abord, car le numérique est un enjeu d’émancipation et d’autonomie financière pour les femmes. Pour avoir accès aux métiers porteurs et plus rémunérateurs et ne pas se trouver en situation de décrochage du marché du travail, toutes les femmes – pas uniquement les plus privilégiées – doivent être en mesure d’accéder aux métiers d’avenir fortement numérisés, sur lesquels la France investit massivement.

Sociétal ensuite, tout simplement parce qu’il est indispensable que la technologie soit pensée par une diversité de profils, et ce pour éviter de reproduire les biais des personnes qui l’ont conçue, en l’occurrence les biais de genre (ndlr : comme le souligne la dernière étude de l’UNESCO sur l’IA générative).

Économique enfin, car la féminisation est aussi une question de compétitivité, quantitative comme qualitative. Les secteurs d’avenir font d’ores et déjà face à des difficultés de recrutement, qui sont appelées à s’aggraver, il n’est donc pas concevable de se priver de la moitié des candidat·e·s potentiel·le·s. De plus, ce n’est plus à prouver, la mixité contribue à l’innovation et à la productivité des organisations, renforçant ainsi leur compétitivité et la souveraineté technologique du pays.

Les femmes ont besoin du numérique autant que le numérique a besoin des femmes. C’est un enjeu de justice sociale autant que de performance économique, privée comme publique. Pour ne pas faire peser la responsabilité de la féminisation uniquement sur les femmes elles-mêmes, c’est tout un écosystème qui doit s’impliquer, de leur orientation à leur insertion.

Comment faire des secteurs Tech, des secteurs plus attractifs et engageants pour les Femmes ? Déconstruire les préjugés dès le plus jeune âge Il y a une nécessité de sensibiliser dès l’enfance, à l’aide d’actions visant à promouvoir l’informatique pour tous : « Cela passe par l’éducation dès la petite enfance, puis par une sensibilisation dès l’enseignement primaire, et davantage encore au moment de leur choix d’orientation dans le secondaire. » précise Flore Egnell (DG chez Willa).

Selon Tiffany Souterre : « Il faut travailler sur les stéréotypes des générations pré-2000 qui sont, malgré nous, encore bien ancrés dans l’inconscient collectif, […] ce sont le produit d’une éducation martelée de clichés et d’idées préconçues sur les femmes ». Pour Imane, étudiante ingénieure, cela passe aussi par « arrêter de demander systématiquement aux femmes de faire leurs preuves en travaillant deux fois plus. C’est aussi aux hommes de faire des efforts à considérer les femmes. »

Des initiatives comme les stages Girls can code initient les collégiens et lycéens à l’informatique et au code, à lutter contre les stéréotypes et à promouvoir la mixité dans ce milieu professionnel.

Valoriser les rôles-modèles Les Femmes font partie intégrante de l’histoire de l’informatique et ses avancées contemporaines. Mettre en avant les parcours de carrière au féminin est un moyen pertinent pour orienter les jeunes filles, les rassurer mais aussi un moyen d’inspirer et de projeter les femmes déjà en poste : « Il faut inspirer et donner de la motivation aux femmes qui souhaitent s’engager dans ces filières, car elles y ont tout à fait leur place. Il ne faut plus minimiser leur présence dans ces secteurs et il faut valoriser le travail des femmes dans la Tech, pour créer des rôles modèles inspirants pour les générations en poste et celles à venir. »Flore Egnell (Willa)

Nous connaissons tous Steve Jobs, Bill Gates etc. mais il est aussi temps de parler de Ginny Rometty PDG d’IBM, Ursula Burns PDG de Xerox, Susan Wojcicki PDG de Youtube, Ruth Porat CFO d’Alphabet, Meg Whitman PDG de HP, Marrissa Mayer 1ère femme ingénieure chez Google, Olabisi Boyle VP de Visa’s IoT, Jenny Lee Managing Partner de GGV Capital…